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mercredi, 06 juillet 2005
Sur les chapeaux des roues
L.S. me transmet un court extrait de Drieu La Rochelle, ce qui ne va pas améliorer le processus de défascisation de Mercutio ;o)
Mon pied greffe un muscle à la pédale.
Ma main est au volant une liane.
L'auto allonge son ventre chaud au ras de la terre.
Elle se vautre dans une litière de souffles et de poudre.
- PDLR, Auto. A propos de wouature, je vous conseille la lecture des chroniques automobiles de Jeremy Clarkson. Elles sont fabuleuses, drôles, acérées. Indispensables.
19:30 Publié dans Va, va, voum | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
C’est un livre que j’avais prêté voilà bien longtemps à Monsieur Lucien. Je vois qu’il en a retenu quelques passages. Et moi j’ai scanné (tapoté veux-je dire) de mes doigts arthritiques tout le poème pour Monsieur Lorenzo que je remercie dans le passage d’avoir ajouté deux étoiles et un point en bas à droite de son blog.
Et aussi je voudrais dire que si ça commence par un F et que ça finit par un ISTE, ça peut vouloir dire FUTURISTE comme mon amie Marinette I...
Et voilà le poème de Monsieur Pierre :
AUTO
C’est le temps de la ronde
Les ruées inscrivent l’itinéraire brusque sur la terre étalée comme une carte.
La sphère se ceinture de pistes austères.
Bondissement effréné des autos.
Vertige, chute dans l’abstrait.
Au commencement était l’Action.
Voici l’Action réduite à son essence.
C’est un point noir qui chemine sur la page blanche du livre de mathématique.
Signe nu du mouvement qui bat au cœur de l’invisible.
Aller éternellement dans l’espace incolore.
Effort dirigé vers rien.
Recherche frénétique d’un résultat inconnu.
L’homme est avide.
User son corps à l’air dur comme une meule.
Que sa tête soit assommée par le vent.
Boire la vitesse pure.
Une paille ne peut épuiser la boisson infinie.
La sirène insatiable ne peut siffler tout l’air.
Errance de comète désorbitée hors la loi et qui fuit les centres.
Jouissance rentrée.
Les choses au-delà des yeux ne sont que bornes brutes qui repèrent la course.
De mes prunelles fixes s’étire un double trait sur la campagne.
Je brise les horizons.
Les cloisons du ciel sont crevées.
L’âme des paysages dispersée.
Le monde est biffé par la promptitude.
L’homme se dérobe dans le prestige de la roue en fusion.
Roues sur une route.
Densité. Densité de la route.
Densité de l’air.
L’air presse la terre de toutes parts. L’air et la terre sont l’un contre l’autre dans un baiser pressant.
J’arrive te les sépare.
Jouissances de notre temps.
Nos sens fouillent le système métrique.
Les abstractions mûrissent dans nos mains comme des femmes.
Double pulsation accordée comme une étreinte.
Le bond du sang dans mes artères.
Le bond des gaz dans le cylindre.
Mon pied greffe un muscle à la pédale.
Ma main est au volant une liane.
L'auto allonge son ventre chaud au ras de la terre.
Elle se vautre dans une litière de souffles et de poudre.
Je suis un souple insecte de métal.
Je vole bas sur ma planète.
Mes forces me soulèvent à la lisière d’un monde.
Je suis aussi fort que quarante-cinq chevaux.
Ma forme, empennée à la vitesse, transperce la matière comme un désir comble l’offre.
Je remonte irrésistible le cours inverse de la vie.
Pierre Drieu La Rochelle, extrait de Fond de cantine,
Editions de la N.R.F., 1920
Ecrit par : Mauricette Beaussart | jeudi, 07 juillet 2005
Grazie mille.
L.
Ecrit par : Lorenzo | jeudi, 07 juillet 2005
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