lundi, 28 février 2005
Geek années folles
M. Sénèque s'était mis en tête, depuis quelque temps déjà, d’arranger pour elle un poste de T. S. F. Nous avons oublié qu'à cette époque la T. S. F. de famille était encore à l'état embryonnaire, et presque aussi cocasse que l'automobile en 1910. On discutait encore des mérites comparés des postes à galène et des postes à cadres, des écouteurs et du haut-parleur. Les journaux humoristiques étaient pleins d'histoires comiques sur le poste qui refusait toujours obstinément de marcher quand il y avait quelqu'un et qui fonctionnait si bien quand il n'y avait personne. On s'invitait pour écouter la T. S. F. au milieu d'un fracas épouvantable et de crissements indestructibles. Les amateurs forcenés n'entendaient d'ailleurs jamais un morceau entier, mais leur aiguille courait de ville en ville, de contrée en contrée : « Je puis « avoir » Florence, Bruxelles, Madrid, Nuremberg, Vienne, Londres... La nuit, j'ai Moscou, j'ai New-York. » L'auditeur forcé n'avait lui, que des grésillements à peu près semblables, et on lui disait toujours que la veille encore on avait « attrapé », sans doute par ruse, et comme au vol, un si beau concert allemand. Mais aujourd'hui, avec l'orage qui se préparait...
- Robert Brasillach, Les Sept couleurs
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